phantom buffalo

Il y a deux ans, la critique française avait été sans équivoque à la sortie de Cement Postcards With Owl Colours : chef d’oeuvre d’orfèvreries pop, rempli de compositions à tiroirs et faisant preuve d’une parfaite maîtrise de l’art de la rupture (rythmique ou mélodique). L’attente du nouveau Phantom Buffalo était donc forte, accompagnée d’une réelle excitation à l’idée de goûter de nouveau à cette signature artistique bien particulière. Après un premier passage de Tadaloora sur les platines, on constate rapidement que le groupe a opté pour un judicieux compromis entre l’assemblage de cartes postales réalisé tant bien que mal sur le précédent album et l’élaboration de quelque chose de plus linéaire offrant la cohérence d’une véritable vue d’ensemble. Alors fort heureusement, on retrouve toujours, sur ce qui constitue d’ailleurs probablement les pièces maîtresses de ce quatrième opus (“Amateur Florist” et “Bloom Bloom Flowers” par exemple), cette habileté à découper sauvagement les lignes mélodiques afin d’obtenir des cassures du plus bel effet. Une pratique aussi jouissive que potentiellement néphaste à l’immersion en continu de l’auditeur et pour laquelle il a tout de même été choisi de mettre la pédale douce afin se donner les moyens d’esquisser plus proprement les contours d’un étonnant univers et y dessiner chacune de ces nouvelles compositions.

 

En parfait troubadour, Jonathan Balzano-Brookes vous narre de sa délicieuse et douce voix, en copie conforme à celle de Stuart Murdoch, les treize aventures d’une famille royale pas comme les autres, côtoyant lapin fleuriste, monstre des mers, phoque ou autres protagonistes qui rythment la vie faussement paisible de la petite île de Tadaloora. Un environnement mi-moyenâgeux mi-fantastique joliment retranscrit par le biais d’arrangements notamment composés de cuivres en alerte et de guitares vaillantes. Et si on pénêtre de la plus paisible des façons dans ce conte fabuleux grâce à “Gilded Gate” et ses réminiscences évidentes de Belle & Sebastian (on pense notamment à Storytelling) qui reviendront encore et encore tout au long de cet album, c’est pour mieux se livrer corps et âme à cette perpétuelle alternance d’enchantement et de passages plus tourmentés qui se dresse alors devant nous. De la plus innocente des promenades dans la nature (“Field and Forest”), jusqu’au grondement des guitares d’un “Frost Throat” qui rappelle déjà davantage The Hazards of Love des Decemberists, Phantom Buffalo trace un parcours remarquable dans un royaume où seule la mélodie est reine. Moins impressionnant que son prédécesseur, mais sûrement plus captivant, Tadaloora tire admirablement son épingle du jeu et vous promet un voyage spirituel fascinant. INDIEPOPROCK